Le Laowa 10-18mm F4.5-5.6 C-Dreamer est un objectif qui m'a intrigué dès sa sortie. Un zoom rectiligne plein format qui descend à 10mm, entièrement manuel, dans un format incroyablement compact ? C'est presque trop beau pour être vrai. Après l'avoir testé en profondeur sur mon Sony A7C et mon A7 IV, je vous livre mon verdict complet.
Laowa s'est spécialisé dans les objectifs macro et ultra grand angle atypiques. Avec ce 10-18mm, ils proposent quelque chose d'unique : un zoom ultra-large rectiligne (pas fisheye) qui couvre le plein format, avec une construction tout métal, pour environ 900 EUR. Aucun autre fabricant n'offre un tel champ de vision dans un format aussi compact.
Fiche technique du Laowa 10-18mm F4.5-5.6
Avant de plonger dans les détails, voici les spécifications clés :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Nom complet | Laowa FE 10-18mm F4.5-F5.6 C-Dreamer Ultra Wide Zoom |
| Formule optique | 14 éléments en 10 groupes |
| Couverture | Plein format (FF) |
| Champ de vision | FF : 130° – 102° / APS-C : 109° – 76° |
| Ouverture | F4.5 (10mm) à F5.6 (18mm), min F22 |
| Lames de diaphragme | 5 lames droites |
| Grossissement max | 0.25x |
| Distance min de mise au point | 15 cm |
| Filetage filtre | 37mm (filetage arrière uniquement) |
| Dimensions | 70 x 90.9 mm |
| Poids | 496g |
| Mise au point | Manuelle uniquement |
| Prix | ~900 EUR |
Construction et prise en main : un bijou d'ingénierie
Un format incroyablement compact
La première chose qui frappe quand on prend ce Laowa en main, c'est sa taille. Pour un zoom qui couvre 10 à 18mm en plein format, c'est presque incompréhensible. Il fait presque la moitié de la taille du Sony FE 12-24mm, tout en allant plus large. L'objectif est particulièrement bien adapté au petit Sony A7C, avec lequel il forme un duo ultra-compact pour le voyage.
Le corps est entièrement en métal, et la qualité de fabrication est immédiatement perceptible. La gravure est élégante, les finitions soignées, et les accents bleus typiques de Laowa ajoutent une touche de personnalité. On sent un objectif construit pour durer.
Les bagues de commande
L'objectif comporte trois éléments de commande principaux :
La bague d'ouverture est située près de la monture. Elle clique à chaque valeur d'ouverture complète (f/4.5, f/5.6, f/8, f/11, f/16, f/22) avec une sensation nette et précise. Un petit interrupteur argenté sur le côté permet de déclicker la bague pour un fonctionnement fluide, idéal pour la vidéo. C'est un détail que j'apprécie beaucoup, car même certains objectifs bien plus chers ne l'offrent pas.
La bague de zoom est étroite mais fonctionnelle. Elle couvre la plage 10-18mm avec une rotation douce et précise. J'aurais préféré une bague un peu plus large, mais je comprends le compromis dimensionnel.
La bague de mise au point est la plus large des trois, et c'est logique pour un objectif entièrement manuel. Sa course d'un peu plus de 90° est bien calibrée : la majorité de la rotation est consacrée aux distances inférieures à 1 mètre, ce qui facilite la mise au point de précision en rapproché. Le toucher est doux et amorti, bien plus agréable qu'une bague de mise au point électronique (focus-by-wire).
Élément frontal et pare-soleil
L'élément frontal est convexe (bombé), ce qui empêche l'utilisation de filtres vissés conventionnels à l'avant. Cependant, il y a deux solutions : un filetage arrière de 37mm (un filtre UV est fourni), et l'utilisation de filtres carrés ou d'un Revoring de H&Y qui peut s'adapter au bord du pare-soleil.
Le pare-soleil en forme de pétale est fixé en permanence. Il protège efficacement l'élément frontal convexe et réduit le flare. Le bouchon d'objectif en métal, qui repose sur le pare-soleil, est solide et bien ajusté.
Qualité d'image : au-delà de mes attentes
Champ de vision : une perspective unique
C'est LA raison d'acheter cet objectif. À 10mm, le champ de vision horizontal atteint un incroyable 122°. Pour mettre cela en perspective, un objectif de 28mm offre environ 65°. À ce niveau d'angle, la composition devient un exercice fascinant : il faut faire attention à ne pas inclure ses pieds, un trépied, ou des éléments non désirés dans le cadre.
Ce que j'apprécie particulièrement, c'est la capacité de zoom. Contrairement à un objectif fixe ultra-large, je peux passer de l'extrême dramatique du 10mm à un grand angle plus classique à 18mm (environ 90° horizontal). Cette flexibilité est précieuse sur le terrain, car le 10mm n'est pas toujours adapté à la composition souhaitée.
Couleur et contraste
Les couleurs sont fidèles et bien saturées. Le contraste est légèrement plus doux que certains objectifs modernes, ce qui donne un rendu que je qualifierais de "cinématique". Les transitions tonales sont nettes sans être excessives. Ce caractère se prête particulièrement bien à la conversion en noir et blanc, où les tonalités subtiles apportent de la profondeur aux images.
Étoiles de diffraction (starbursts)
C'est l'un des points forts inattendus de cet objectif. Grâce aux 5 lames d'ouverture droites, le Laowa 10-18mm produit des starbursts magnifiques et bien définis. Même à grande ouverture, les étoiles sont présentes et bien formées. En fermant légèrement (f/8-f/11), les résultats sont tout simplement spectaculaires. Si vous aimez photographier les paysages urbains de nuit, cet objectif vous ravira.
Netteté : des résultats surprenants
Résultats à 10mm
J'ai été agréablement surpris par la netteté centrale à 10mm. Dès la pleine ouverture à f/4.5, le centre est étonnamment bon, et la différence entre f/4.5 et f/11 est minime. C'est une excellente performance pour un objectif aussi large.
Les bords sont corrects sans être exceptionnels. Les meilleurs résultats s'obtiennent à f/8, mais la plage f/4.5 à f/11 reste parfaitement exploitable. Les coins sont le point faible à 10mm, ce qui est attendu pour un objectif de cette focale. Au-delà de f/16, la diffraction dégrade sensiblement l'image.
Mon conseil : À 10mm, restez entre f/5.6 et f/11 pour obtenir les meilleurs résultats. Évitez f/16 et f/22 autant que possible.
Résultats à 18mm
C'est à 18mm que l'objectif donne le meilleur de lui-même. Le centre est encore plus net qu'à 10mm, et la différence bords/centre est beaucoup moins prononcée. À f/11, les bords sont pratiquement indistinguables du centre, et même à f/5.6, les résultats sont très bons sur l'ensemble du cadre.
Les coins à 18mm sont comparables aux bords, ce qui est une belle réussite pour un objectif ultra-large. L'ensemble du cadre peut être utilisé en toute confiance.
Mon conseil : À 18mm, cet objectif est tout simplement excellent. N'hésitez pas à l'utiliser à pleine ouverture.
Vignettage : le compromis de la compacité
C'est le point faible le plus visible de cet objectif. À 10mm, le vignettage est fort (plus de 2 EV même en fermant), et il sera perceptible dans la plupart des scènes. À 18mm, la situation s'améliore d'environ un demi-diaphragme, mais le vignettage reste visible si non corrigé.
Il est important de noter que, comme l'objectif est entièrement manuel sans communication électronique avec le boitier, la correction automatique du vignettage dans l'appareil ne fonctionne pas. Vous devrez corriger en post-traitement.
Mon conseil : Le vignettage est facilement corrigeable dans Lightroom ou Capture One. En pratique, il ajoute même parfois un effet esthétique agréable en concentrant l'attention sur le centre de l'image.
Bokeh et isolation du sujet
Soyons honnêtes : personne n'achète un ultra grand angle pour le bokeh. Avec une ouverture maximale de f/4.5-5.6, l'isolation du sujet est limitée. Les hautes lumières hors focus prennent une forme pentagonale caractéristique due aux 5 lames de diaphragme, ce qui crée une texture unique mais pas conventionnellement "jolie".
Cela dit, les capacités de mise au point rapprochée (15cm) permettent d'obtenir une certaine séparation sujet/fond à courte distance. C'est un bonus appréciable qui rend l'objectif encore plus polyvalent.
Flare et ghosting : le point à surveiller
C'est ici que l'objectif montre ses limites. À 10mm, une source lumineuse vive positionnée dans un coin peut produire des effets dramatiques : fantômes multiples, halos diffus et parfois une trainée verte traversant le cadre. Ce phénomène dépend de la position et du spectre de la source lumineuse, mais il faut en être conscient.
À 18mm, la situation s'améliore nettement. La trainée verte disparait, les halos sont réduits, même si quelques fantômes persistent à toutes les ouvertures.
Mon conseil : Lors de prises de vue avec des sources lumineuses vives dans le cadre (couchers de soleil, réverbères), faites attention à la composition et vérifiez vos images. Parfois, un léger recadrage ou changement d'angle suffit à éliminer les artefacts.
Aberration chromatique et franges violettes
L'aberration chromatique est présente mais bien contrôlée. Fait inhabituel, elle se manifeste par des bords jaunes et bleuâtres plutôt que par les habituels verts et rouges. L'effet est visible dans les coins sur les transitions à fort contraste, mais n'est pas dramatique.
J'ai constaté quelques cas de franges violettes en situation de fort contre-jour, mais rien de rédhibitoire. La correction en post-traitement est simple et efficace.
Distorsion : l'expertise Laowa
C'est le domaine où Laowa excelle véritablement. Pour un zoom ultra-large allant jusqu'à 10mm, les chiffres de distorsion sont tout simplement impressionnants :
- À 10mm : Distorsion en barillet complexe de seulement -1.2%
- À 18mm : Distorsion en coussinet de 1.1%
Ces valeurs sont difficiles à croire pour un objectif de cette catégorie. À titre de comparaison, beaucoup d'objectifs 16-35mm affichent des distorsions plus importantes. C'est un domaine dans lequel l'expertise de Laowa se manifeste clairement, et c'est un avantage décisif pour la photographie d'architecture et d'immobilier.
Mise au point manuelle : avantages et limites
La mise au point est entièrement manuelle, et l'opération est fluide et agréable. La bague mécanique offre un retour tactile satisfaisant, sans jeu ni imprécision.
Un point d'attention : le focus peaking de l'appareil photo a tendance à surestimer la profondeur de champ avec cet objectif, surtout à courte distance. J'ai parfois obtenu des images signalées comme nettes par le peaking mais légèrement floues en réalité. Pour les sujets à plus d'un mètre, l'hyperfocale prend le relais et la mise au point n'est plus un problème.
Mon conseil : Utilisez le grossissement en direct (loupe) plutôt que le focus peaking pour les sujets rapprochés. Pour les paysages, réglez simplement la mise au point sur l'hyperfocale et oubliez-la.
Comparaison avec les concurrents
Laowa 10-18mm vs Sony FE 12-24mm F4 G (~1 500 EUR)
Le Sony est plus lumineux (f/4 constant), dispose de l'autofocus et du EXIF, mais il est nettement plus gros et plus cher. Le Laowa va plus large (10 vs 12mm) dans un format plus compact. Si l'autofocus n'est pas essentiel (paysage, architecture), le Laowa est un choix pertinent.
Laowa 10-18mm vs Sony FE 12-24mm F2.8 GM (~2 800 EUR)
La comparaison n'est pas vraiment équitable : le Sony GM est dans une autre catégorie de prix et de performances. Mais le Laowa coûte un tiers du prix, pèse presque moitié moins, et va plus large. Pour un photographe de paysage amateur, le Laowa offre un rapport angle-de-vue/prix imbattable.
Pour qui est fait cet objectif ?
Le Laowa 10-18mm F4.5-5.6 s'adresse aux photographes qui :
- Recherchent une perspective ultra-large pour le paysage, l'architecture et l'immobilier
- Privilégient la compacité et veulent un kit de voyage léger
- Sont à l'aise avec la mise au point manuelle et le contrôle manuel de l'exposition
- Apprécient les starbursts et la photographie de nuit urbaine
- Ont un budget raisonnable (environ 900 EUR vs 1 500-2 800 EUR pour les Sony)
Avantages et inconvénients
Ce que j'aime
- Plage focale unique : zoom rectiligne le plus large du marché pour plein format
- Compacité exceptionnelle pour ses capacités
- Construction tout métal de grande qualité
- Netteté centrale excellente sur toute la plage de zoom
- Contrôle de la distorsion impressionnant
- Starbursts magnifiques
- Bague d'ouverture déclicable
- Prix raisonnable (~900 EUR)
Ce qui pourrait être amélioré
- Netteté des coins à 10mm en retrait
- Vignettage fort, surtout à 10mm
- Flare et ghosting problématiques avec lumière directe à 10mm
- Pas de communication électronique avec le boitier (pas d'EXIF automatique)
- Mise au point manuelle uniquement
- Pas de filtre vissé à l'avant
Mon verdict final
Le Laowa 10-18mm F4.5-5.6 C-Dreamer est un objectif véritablement unique. Il offre une perspective qu'aucun autre zoom ne peut égaler, dans un format étonnamment compact et à un prix accessible. Ses défauts — vignettage, flare, mise au point manuelle — sont les compromis nécessaires pour atteindre ce format.
Si vous cherchez un objectif ultra grand angle pour le paysage, l'architecture ou simplement pour explorer des perspectives créatives inédites, le Laowa 10-18mm mérite sérieusement votre attention. C'est un objectif de niche, certes, mais dans sa niche, il est tout simplement imbattable. Je lui attribue un solide 8/10.
Pour découvrir toutes les catégories d'objectifs, consultez mon guide complet des objectifs photo.



