600 € pour un Polaroid : folie ou génie ?
Je ne vais pas vous mentir : quand j'ai vu le prix du Polaroid I-2, j'ai fait une double prise. 599 € pour un appareil qui produit des photos instantanées sur du film à 2 € la pose ? C'est six fois le prix d'un Polaroid Now et plus cher que beaucoup d'appareils photo numériques compétents.
Mais le I-2 n'est pas un Polaroid ordinaire. C'est le premier appareil instantané analogique avec des contrôles manuels intégrés, un objectif en verre à 3 éléments, et un autofocus LiDAR. Polaroid le positionne comme l'appareil ultime pour les passionnés d'instantané. Après l'avoir testé en profondeur, voici ce que j'en pense vraiment.
Pour le comparer aux autres modèles de la gamme, consulte mon guide Polaroid Now. Et pour une vue d'ensemble du marché, mon guide des appareils photo instantanés compare toutes les options.
Construction : enfin du premium
C'est la première chose qui frappe quand on prend le I-2 en main : la qualité de construction est exceptionnelle. Le châssis en alliage d'aluminium et plastique haute résistance inspire immédiatement confiance. On est à des années-lumière du plastique du Now ou du Go.
Le barillet de l'objectif est en métal, avec une bague filtante en métal qui accepte des filtres standards. Le viseur est intégré avec un affichage LCD qui montre les réglages en cours. Le tout pèse environ 585 g avec le film — c'est conséquent mais justifié par les matériaux.
Le design est sobre et professionnel : noir mat, lignes angulaires, logo discret. C'est un appareil qui dit "je suis sérieux" sans être prétentieux.
L'objectif en verre : le cœur de la bête
Le Polaroid I-2 embarque un objectif 98 mm f/8 à 3 éléments en verre — une première pour Polaroid depuis les légendaires SX-70 des années 70. C'est l'objectif le plus net jamais monté sur un Polaroid moderne.
Et la différence se voit. Les images du I-2 sont nettement plus nettes, plus détaillées et plus contrastées que celles de n'importe quel Now ou Go. Les bords de l'image restent exploitables, le piqué au centre est impressionnant pour du film instantané, et le bokeh est doux et agréable.
Autofocus LiDAR
L'autofocus utilise un capteur LiDAR (la même technologie que dans les iPhone Pro) pour mesurer la distance au sujet. C'est rapide, silencieux et remarquablement précis — même en basse lumière. La distance minimale de mise au point est de 0.4 m, ce qui permet des portraits serrés.
En pratique, je n'ai quasiment jamais eu de photo floue à cause de la mise au point. Le LiDAR est une vraie avancée par rapport à la mise au point fixe ou à zone des autres Polaroid.
Contrôles manuels : la vraie révolution
C'est ce qui justifie (partiellement) le prix. Le I-2 offre des contrôles manuels complets accessibles de deux façons :
Sur l'appareil
- Ouverture : f/8 à f/64
- Vitesse d'obturation : 1/250 s à 30 secondes
- Mode : Auto, Ouverture prioritaire, Manuel
- Affichage LCD intégré au viseur
Via l'application Bluetooth
L'app Polaroid se connecte au I-2 et offre une interface plus confortable pour ajuster les réglages. On peut aussi déclencher à distance — idéal pour les poses longues sur trépied.
En mode auto, le I-2 se comporte comme un point-and-shoot classique. Mais dès qu'on passe en manuel, les possibilités s'ouvrent : poses longues nocturnes, contrôle de la profondeur de champ, surexposition créative intentionnelle. C'est un terrain de jeu que les autres Polaroid ne peuvent pas offrir.
Qualité d'image : le meilleur... avec des nuances
Les points forts
Les photos du I-2 sont objectivement les meilleures qu'un Polaroid moderne puisse produire. La netteté de l'objectif en verre, la précision du LiDAR et la plage d'ouverture f/8-f/64 se combinent pour donner des images d'une qualité supérieure.
En lumière naturelle, les résultats sont souvent magnifiques : couleurs riches, détails fins, exposition maîtrisée. Les portraits bénéficient particulièrement de la distance de mise au point rapprochée et du léger bokeh.
La nuance importante
Malgré sa supériorité technique, le I-2 utilise le même film Polaroid i-Type que le Now à 99 €. Le film est le facteur limitant : grain visible, latitude d'exposition réduite, sensibilité aux conditions. Un objectif plus net capture plus de détails, mais le film ne peut pas tous les restituer.
Certains puristes font remarquer qu'un SX-70 vintage des années 70 produit parfois des images comparables, voire supérieures, avec le même film. C'est un argument qui a du poids : le SX-70 se trouve à 150-300 € en occasion avec un objectif en verre de qualité équivalente.
En basse lumière
Grâce aux contrôles manuels, le I-2 s'en sort nettement mieux que les autres Polaroid en basse lumière. On peut ralentir la vitesse d'obturation et ouvrir à f/8 pour capter plus de lumière. Avec un trépied, les poses longues de nuit produisent des résultats fascinants.
Le prix total : faisons les comptes
Soyons réalistes sur le coût d'utilisation :
| Poste | Coût |
|---|---|
| Appareil | 599 € |
| Film i-Type (pack de 8) | ~16-18 € |
| Coût par photo | ~2 € |
| 100 photos / an | ~200 € de film |
| Budget première année | ~800 € |
| Budget par an ensuite | ~200 € |
Pour 800 €, on est dans le territoire d'un Sony A6100 avec objectif kit, d'un Fujifilm X-T30 d'occasion, ou de plusieurs Instax avec des années de film. Le I-2 s'adresse clairement à un public passionné, pas à un acheteur rationnel.



